Lettre à Maud (2)

(…)

Nous avons pris le chemin du restaurant, j’ai dû suivre le groupe, contraint. Vous vous étiez toujours au téléphone, derrière nous, plus nous avancions et plus vous preniez du retard. Sonia me tenait la patte, me parlait de je ne sais plus quoi. Mon dieu comme j’ai eu envie de la planter là pour vous attendre. Mais enfin, cela ne se fait pas. J’espérais au fond de moi que je vous retrouverai en face de moi au restaurant. Je me prenais même à imaginer qu’il n’y avait pas suffisamment de place et que nous nous trouvions tous les deux isolés à une table à l’écart. Scénario guère plausible, je vous l’avoue.

Marc est un bon logisticien, il sait choisir les restaurants et veiller à ce que tous nous puissions y trouver notre compte. Justement, Marc, lui avait su se faire oublier, parti après nous, je le voyais maintenant à vos côtés. Marc, tu n’as pas le droit. Maud, imaginez comme je l’enviais ! Lui, le beau mec, typé méditerranéen, sans doute un corps finement dessiné, plein d’assurance et moi qui ne savait que faire, comment faire, qui imaginais toutes sortes de possibilités sans oser en saisir une.

Je me retrouvais l’instant d’une pensée devant le sas des toilettes du restaurant, à genoux sur le sol en train de lécher copieusement votre sexe frémissant. Ou sentant votre pied appuyer sur le tissu de mon costume de soie, à cet endroit précis qui irradie mon cerveau et mon corps. Et si je vous suivais aux toilettes sans que vous ne vous en rendiez compte ? je griffonnerai mon numéro de téléphone personnel et le glisserai sous la porte anonymement, espérant que vous soyez curieuse de découvrir celui qui se cache derrière ce petit papier.

Et si tout simplement, à l’issue du repas je vous proposais de prendre un verre avec moi, de vous raccompagner à votre hôtel ? Mais d’autres se grefferaient sans doute à nous, imaginez si vous aviez fait suivre l’invitation, cette torture que vous m’auriez infligée. Alors j’ai préféré ne rien faire, me dire qu’il fallait que j’attende, que cela passerait. Après tout, ne suis-je pas un peu fou à me laisser aller, à me sentir attirer par une femme tant par le cœur d’aimer que par le désir de baiser, une femme que je ne connaissais pas avant ce début d’après midi ? Oui, je vire midinette, cela ne devrait pas me correspondre, moi qui aime posséder, prendre mon dû, dominer les femmes.

(…)

Comme je l’ai jalousé, cette blonde aux talons aiguilles qui se pavanait à vos côtés pour accaparer votre attention !
La tête baissée, toute à ma discussion, une main a attrapé mon poignet et pendant une seconde, le coeur serré, je m’attendais à vous voir en relevant les yeux. C’est le sourire ravageur de Marc, qui a accueilli mon visage surpris. Ce n’était pas vous, non, c’était Marc, qui me tourne autour depuis un moment déjà, ne comprenant visiblement pas que tous les muscles du monde ne pourraient venir à bout de l’aversion que j’ai pour les bellâtres trop sûrs d’eux. Et son savoir-faire d’organisation de nos repas d’entreprise n’y change rien.
Alors que nous avançons tranquillement vers l’établissement que Marc a soigneusement sélectionné pour ses mets délicieux et sa bonne ambiance, je vous vois tenir la porte et Sonia vous précéder dans le restaurant. Oh ! Serait-ce un regard jeté à la volée avec un petit sourire en coin que j’ai aperçu lorsque vous avez tourné la tête vers moi avant de vous engouffrer à la suite de votre compagne blonde du moment ?
Cette petite joie intérieur m’amène sur des terrains glissants… glissants comme ma vulve qui très rapidement gonfle à l’évocation de ce qui aurait pu suivre ce regard. Un genou collé au mien, ma main qui frôle un tissu, un souffle dans mon cou pendant que vous m’aidez à retirer ma veste, une escapade aux toilettes pour découvrir le goût de votre bouche, l’odeur de votre peau, la douceur ferme de votre main, le son aphrodisiaque de votre voix au creux de mon oreille… et vous sentir bander comme un cheval dans ma main qui prendrait le temps de soupeser la tension qui crisperait votre corps tout entier… Mais je m’égare, le dîner touche à sa fin, et il est temps pour chacun de regagner ses pénates.

(…)

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