Bas de soie

C’est une plume de soie, magie couleur beige, qu’elle effleure délicatement du bout des doigts. Debout devant la boîte plutôt chic posée sur son lit, blanche avec un liseré doré dont elle vient d’enlever le couvercle, Marie porte la main à son menton et s’interroge. Quelle robe ira avec ces petits bijoux ? Ses pensées filent vers la petite indispensable rouge qui l’accompagne aux grandes occasions. Mais avant de réfléchir à ce qui terminera sa toilette, la jeune femme décide de commencer à composer sa tenue à partir d’un tableau vierge, et enlève le peignoir qu’elle avait ceint après sa longue douche chaude.

Entièrement nue, Marie s’approche de la commode de la chambre et ouvre le tiroir du haut. Elle plonge sa main au cœur de l’amas de lingerie ainsi exposé, à la recherche évidente d’un dessous bien précis. L’œil plissé et un sourire mutin aux lèvres, elle brandit, victorieuse, un porte-jarretelle couleur pêche à son reflet dans le miroir qui lui fait face. Elle regarde la courbure de ses petits seins, en fait le tour de sa main libre et finit par refermer le tiroir. Pas de soutien-gorge ce soir, ni de culotte. Le petit mot qui accompagnait la livraison de la divine boîte n’indiquait-il pas « viens comme tu es, libre comme l’air » ?

Jouant avec l’élasticité du porte-jarretelle, se dandinant au son d’une musique des années 30 qu’elle est la seule à entendre, la jeune femme retourne vers son lit pour admirer de nouveau la soie discrète, pareille à une fleur charnue au creux de son écrin d’un blanc optique. Marie saisit délicatement la soie avec deux doigts en pince, précautionneuse, et la soulève dans les airs afin d’en admirer toute la douceur. Un voile transparent, à peine habité de reflets scintillants, flotte à la brise légère qui entre par la fenêtre entrouverte. Un filet de lumière palpable danse devant ses yeux. Mille scenarii se déroulent à cet instant dans son esprit de luxure.

Une envie irrésistible étreint Marie à cette seconde. Assise contre la tête de son lit, elle allonge ses jambes devant elle et fait glisser le bas de soie le long de son mollet droit, vers le genou, jusqu’à la cuisse. Cette caresse encore plus légère qu’un souffle lui donne immédiatement la chair de poule. C’est pétrie de frissons de bien-être qu’elle termine de s’étendre pour continuer le parcours du bas aérien sur le reste de son corps. Elle promène le tissu fluide contre sa joue, sur ses yeux clos, le sommet de ses lèvres et d’une main assurée, colle le bas de soie sur son sexe humidifié, autant par sa nudité que par l’expérience charnelle qu’elle est en train de vivre.

Elle se branle lentement, ayant décidé de s’arrêter qu’une fois la sensation de mouillé sur ses doigts bien réelle, ce qui l’excite encore plus et rend son entrejambe plus accueillante. Ses fluides ne tardent pas à recouler doucement jusqu’à imbiber parfaitement le bas mis en contact. Elle enfile un doigt entre ses lèvres irriguées, doigt ganté de cette soie que Marie perçoit si douce contre ses chairs, si évidente à cet endroit finalement et pratiquement en elle à présent. Elle pousse l’étoffe du majeur, lentement, par va-et-vient, joue en tirant, tournant, enfonçant le tissu. Elle veut y laisser son empreinte, elle désire ardemment voir son regard s’allumer d’une étincelle tout à l’heure, lorsqu’il reconnaîtra les effluves. Alors elle ne lésine pas.

Envahie par une excitation qui ne cesse de grandir, Marie tire le bas d’un coup sec et gémit de la sensation que la soie lui donne en frottant sa vulve. Elle le porte à son nez et hume l’odeur de pomme qu’elle connaît si bien. Le tissu est humide, plein de ses sucs. Mission accomplie. Elle se redresse et commence à enfiler l’objet autour de son pied droit. La soie est si douce, c’est un plaisir de la laisser épouser les formes de sa jambe, malgré le contact singulier de la partie trempée par son intimité. Elle passe sa main sur sa cuisse ainsi gainée et se félicite de son choix de lingerie. Inutile de voler la vedette à de tels trésors. Il ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Son cadeau pour leur soirée anniversaire est juste parfait. Pas loin de la jolie culotte, en dentelle ouvragée main, offerte il y a une paire d’années.

Le bas avachi au-dessus de son genou, Marie tend le bras pour attraper le porte-jarretelle et se remet debout pour le fixer. Une fois bien mis en place, elle prend le temps d’observer l’harmonie du coloris pêche avec la couleur de sa peau, faisant ressortir les dizaines de grains de beauté, aux tailles et formes si différentes, qui constellent son épiderme depuis son enfance. Elle reprend la soie en main et commence à fixer le bas. Tout se fait si facilement, comme si les deux éléments de lingerie s’étaient toujours connus, comme s’ils savaient ce qui se passerait ensuite, plus tard dans la soirée. Le deuxième bas en place, Marie se sent plus sexy que jamais. Elle se rend devant la psyché dans le coin de la chambre et admire le résultat de son choix. Juste parfait. Simple et délicat.

Après un rapide coup d’œil dans la penderie, c’est bien la petite robe rouge coquelicot qu’elle enfile. Il l’aime dedans, et elle se sent si bien dans cette coupe que l’on dirait ajustée uniquement pour elle. Marie regarde en bas de l’armoire pour y dénicher les chaussures qui finiront la tenue avec brio. Des escarpins à talons ouverts, puisque les bas sans couture aux pieds lui permettent ce luxe, serait l’idéal. Une jolie paire d’un doré chaud, très doux, lui tape immédiatement dans l’oeil. De retour sur le lit, elle prend le temps de les enfiler afin de ne pas créer d’accrocs dans la soie de ses bas. Un dernier coup d’œil au miroir pour vérifier que l’ensemble est agréable. La longueur de la robe paraît étudiée pour. Elle virevolte, fait tournoyer le jupon de sa robe devant la glace. Elle se sent femme, elle se sent belle, elle se sent bien.

Un coup d’œil au réveil lui rappelle qu’il ne faut pas traîner si elle ne veut pas battre son record de retard. En se rendant dans la salle de bains pour les derniers détails, maquillage et ajustement des mèches folles, Marie se rend compte qu’elle ne marche pas de la même manière, depuis qu’elle a enfilé les bas de soie. Plus félins, plus sensuels… ses pas deviennent sauvages. Elle rit intérieurement à cette idée, qu’elle trouve aussi farfelue que juste. Un trait d’eye-liner sur chaque paupière supérieure, de khôl sur les inférieures, un soupçon de mascara et le rouge aux lèvres qu’elle a l’habitude d’utiliser lorsqu’ils sortent le soir, rehaussant son teint de rousse.

Le trajet est court jusqu’au restaurant où ils fêtent, à plusieurs reprises dans l’année, les anniversaires de leurs premières fois. Le premier effleurement de leurs lèvres en sortant dudit restaurant, lors de leur premier rendez-vous. La première bouche de Marie sur son sexe dressé, alors qu’il avait fait des pieds et des mains pour la rejoindre dans les toilettes des femmes, dans ce même restaurant, plutôt chic au demeurant. Ses premiers doigts en elle, qui ont suivi cette électrique expérience. Leur première fois, dans la voiture, au fond du parking, lorsque tout le monde avait déserté les lieux et après de longues dizaines de minutes de baisers passionnés. La première fois dans le cul de Marie, elle épousant à la perfection le dossier de la banquette arrière de la spacieuse voiture, encore garée sur le parking vide de tout client et employé, lui la pénétrant doucement et avec préméditation puisqu’il avait tout ce qu’il fallait à portée de main et que tout se passe au mieux.

Depuis neuf ans qu’ils se connaissent, ils forment un couple qui ne cohabite pas sous le même toit préservant ainsi, dans leur philosophie de la vie à deux, un amour sans creux ni pause. Est-ce pour cette raison qu’ils avaient vécu de manière considérée ou non, toutes leurs premières fois à l’extérieur ? Même la naissance de leur unique fille, quand elle y pense alors qu’elle manoeuvre pour garer son véhicule, s’est déroulée sur une plage italienne alors qu’elle espérait avoir encore quelques semaines devant elle. Et après ces neufs ans, toujours cette petite étincelle d’inquiétude, ce petit stress positif du « est-ce que je vais lui plaire ? » Délicieuse sensation que de séduire quotidiennement son homme, de lui offrir un regard nouveau à chaque rencontre, de lui donner un amour qui se ressource sans cesse, sans effort.

Marie s’approche de la devanture dans cette douce soirée d’été qui lui permet d’observer son reflet en un éclair. Elle se plaît, elle lui plaira. Elle entre, le maître d’hôtel se fend d’un sourire chaleureux pour l’habituée qu’il accueille. Il est là, assis à leur table, à gauche dans le fond de la salle, confortablement installé sur la banquette, les bras en épousant le dossier. Il la regarde de la tête au pied, alors qu’elle avance doucement, d’un pas assuré de panthère en chasse. Il sourit de la manière qui la fait fondre : prédateur et désireux à la fois. Il l’enveloppe de son regard, elle devient l’objet de ses convoitises, elle le sent et elle aime ça. Il se lève lorsqu’elle n’est plus qu’à quelques pas de la table et se déplace pour la serrer dans ses bras.

Il se colle à elle, plongeant un nez connaisseur dans les cheveux qui lui effleurent le bas visage. Marie pose sa tête contre l’épaule de son homme et profite du moment. Cet instant de reconnaissance qui installe la magie de leurs rencontres. Il fait glisser ses mains le long des flancs de la jeune femme, va jusqu’à caresser ses fesses, revient sur les côtés des cuisses, palpant avec ferveur afin de sentir le haut des bas retenu par les attaches du porte-jarretelle. Il lui souffle un « tu es si jolie » à l’oreille, lui faisant dresser les poils de la nuque. Il tire la chaise et l’invite à s’asseoir. Marie répond alors « non » de la tête et lui prend la main, un sourire concupiscent aux lèvres. Elle l’entraîne dans les toilettes des femmes. A cette heure de la soirée, elle sait qu’elle ne rencontrera personne. Ils sont quasiment seuls dans la salle.

Une fois la porte refermée, elle se dirige vers l’une des cabines spacieuses en entraînant son homme derrière elle. Le loquet baissé, elle appuie de ses deux mains sur les hautes épaules afin de le faire s’agenouiller devant elle. Il est surpris, car c’est lui qui mène la danse habituellement, mais se laisse faire, curieux de découvrir la suite. Ses yeux plantés dans les siens, Marie relève tout doucement sa robe, dévoilant ainsi, centimètre par centimètre, la soie galbant ses cuisses, son sexe libre de toute geôle de tissu, le porte-jarretelle fruité choisi pour l’occasion. Il passe de ce spectacle vivant au regard de sa douce de manière quasi-frénétique. Il savait qu’elle porterait les bas offerts, qu’elle les porterait avec grâce et sensualité, mais cette mise en scène le comblait. Avec un petit rire, elle lui souffle dans un murmure que ce n’est pas tout, qu’il doit approcher son visage de sa jambe droite.

Il s’exécute, se courbant pour poser ses lèvres sur le genou gainé de soie, déposant des coups de langues en remontant le long de la cuisse et d’un seul coup, s’arrête dans une longue inspiration. Il recommence, reniflant le tissu léger, se délectant des odeurs qu’il parvient à capter. Il lève un regard implorant vers Marie, avec un gémissement qu’elle trouve aussi sexy qu’attendrissant. Elle s’émerveille qu’après tant d’années de sexe débridé, il s’émeuve toujours avec autant de passion de ce qui émane d’elle, ses senteurs, ses eaux, ses sons. Il écrase son nez contre la cuisse patiente, il semble sur le point de la dévorer sur place. Elle lui attrape la tête et la colle contre son sexe qui a déjà commencé à ruisseler. Elle lui ordonne de la lécher. Il s’agrippe comme il peut aux revers des bas de soie, glissant ses doigts pour ne perdre aucune mienne de la peau nue de Marie et du tissu si chargé d’ondes lubriques.

Il la fouille de la langue, avec fougue, une des jambes de Marie bien calé sur l’épaule qui lui fait face, la faisant gémir tout bas, quand deux voix de femmes en train de rire se font entendre. Les regards amusés des amants se croisent. Ils font une pause le temps d’entendre les deux femmes faire leurs petites affaires puis recommencent de plus belle une fois seuls. Elle ne tarde pas à venir, sa langue audacieuse et expérimentée sachant pertinemment quoi faire, où le faire et surtout, quand le faire. Elle jouit dans sa bouche, comme il attend qu’elle s’abandonne, le souffle coupé, avec eau abondante et contractions des jambes. Il la boit littéralement. Les deux mains de Marie encore fermement accrochées dans ses cheveux, il recule son visage afin d’admirer le spectacle. Les bas encore sagement en place, le porte-jarretelle qui finit le tableau dont le héros, ce con si goûteux, tient le centre de la scène. Il marque cette image afin d’y revenir à plusieurs reprises durant le repas, et certainement, les semaines et années qui suivront.

C’est main dans la main, lui repu de son odeur, elle de l’effet qu’elle a su orchestrer, qu’ils reviennent à leur table, sous l’œil discret mais amusé du maître d’hôtel. Ce dernier passe prendre commande et un long silence de regards taquins s’installe. Marie sursaute légèrement : un pied essaie de se frayer un chemin entre ses cuisses. Elle ne l’a même pas vu se déchausser. Encore humide de son expérience dans les toilettes, elle écarte à peine les jambes, afin qu’il ait un peu à forcer s’il veut atteindre son but. Le coton de la chaussette contre la soie des bas donne des sensations étranges. Il n’en fallait pas plus pour que le compétiteur entre en lice. Le champagne arrive et alors qu’elle est toute aux remerciements des bons soins du sommelier, il conquiert la place en fourbe. Et dire que la soirée ne fait que commencer…

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