Avec lui (1)

Une larme de tequila s’échappe du coin de ses lèvres, pour continuer de rouler dans son cou. Il lui fait face et son œil vif a capté immédiatement le phénomène. Suffisamment tôt pour attraper à pleine bouche la goutte d’alcool sur la peau de sa partenaire, avant même qu’elle n’ait eu le temps d’achever sa course effrénée. Elle sourit. La sensation chaude et humide sur son épiderme lui donne la chair de poule. Chaque centimètre carré de son corps se hérisse de volupté sous la caresse mouillée et éphémère de son amant. Elle laisse un puissant soupir de plaisir s’échapper, également témoin d’une respiration retenue depuis trop longtemps. Elle ouvre les yeux, que les sensations ressenties à l’instant lui ont fait fermer sans même y penser, et le fixe d’un regard prometteur.

Il ne voit qu’elle. Cette étincelle dans ses yeux, qui flamboie lorsqu’il fait monter son excitation, qui attise avec une déconcertante facilité le feu qui brule en lui. Un instant son propre regard se voile tandis qu’il se remémore ce même brasier qui l’habitait lors de leurs premiers effleurements, à peine quelques heures plus tôt, une éternité déjà. Le métro, seul moyen de transport sensé dans cette grande ville, si peu romantique et pourtant si propice aux rapprochements, au prix d’une légère discrétion, pour peu que l’on aime jouer… Et jouer, il adore.

Déjà dans le wagon il avait commencé à jouer avec ses nerfs, profitant du recoin inoccupé, de son manteau suffisamment lâche pour estomper ses gestes. Et déjà il avait vu cette lueur lorsque sa main s’était glissée à même sa peau, sous sa chemise, avant de s’insinuer sous sa longue jupe, d’aller s’assurer de la chaleur moite qui couvait en elle. Il entend encore cette inspiration soudaine, longue, qu’elle peut à peine retenir alors que ses doigts se déploient lentement mais sûrement. Il se souvient de l’extase qu’il ressent à réaliser à quel point l’excitation provoquée peut être contagieuse. De l’extase qu’il ressent à découvrir qu’il n’est pas seul à aimer le jeu lorsqu’elle le repousse doucement et s’assoit sur un strapontin, face à lui, assez loin pour qu’il puisse l’embrasser du regard, assez près pour que personne ne puisse s’interposer, et que tranquillement, discrètement, elle écarte les pans de sa jupe dans un sourire provocateur et lui laisse entrevoir le fruit de sa convoitise, encore interdit à cet instant, provoquant en lui une bouffée qu’il peine à contenir, tout comme son impatience d’arriver enfin. Voyeur ? Oui, comme nous le sommes tous un peu, que nous l’assumions ou non…

Cette bouffée, il la ressent à nouveau en voyant les yeux de sa belle se rouvrir, en voyant cette étincelle réapparaître pour sa plus grande joie. Mais cette fois il ne la contient pas, plus la peine. Sa respiration commence progressivement à s’accélérer, devenir plus profonde. À son tour de boire. Il remplit le minuscule verre, une larme de tequila, un soupçon de tonic, mais ne frappe pas le verre, pas encore. Il prend un quartier de citron, qu’il lui tend d’un geste éloquent, qu’elle comprend parfaitement : « et maintenant où désires-tu que ma bouche vienne se poser ? ».

Elle sourit, amusée par son audace, que l’on ne soupçonne guère au premier abord, mais dont il fait sans cesse preuve depuis leur rencontre. Il se révèle, se dévoile, dans l’intimité, et ce n’est pas pour lui déplaire. Au fond d’elle-même, elle sent qu’elle est la seule à vraiment le connaître, qu’il n’est lui que dans la somme de tous ses actes, incluant les charnels, qu’elle a la chance de posséder. Elle s’empare du morceau de citron, s’attardant sur ses doigts humides, excitants, et se mordille la lèvre inférieure, la bouche esquissant une moue coquine, faisant semblant de réfléchir à la question. Elle n’a aucune hésitation, évidemment, mais le laps de temps, finalement assez court, qu’elle laisse s’écouler intensifie la scène. Il attend sa réponse, fébrile, en attente.

Elle regarde ses seins encore prisonniers d’une lingerie noire en dentelle, puis maintenant sa tête baissée, lève son regard sur lui, le feu couvant dans ses yeux. En penchant son buste en arrière, elle lui offre sa poitrine en guise d’autel. Elle y dépose, de la naissance du sein gauche à celle du droit, un léger filet de jus de citron, chemin qu’il devra parcourir de la langue pour y récolter le sel qu’elle prend soin de saupoudrer lentement, son regard bien planté dans le sien. Une fois les préparatifs terminés, elle installe le quartier dans sa bouche, écorce contre sa langue, profitant de la sensation amère pour prendre une profonde inspiration qui soulève ses seins, rappelant à son amant la suite des évènements.

Il frissonne. Ce qui se déroule dans cette chambre d’hôtel est plus qu’à son goût. Et il n’a pas fini d’en découvrir les saveurs, il le pressent. Il l’attrape par les bras, fermement, laissant son désir doser sa force, et l’approche de lui, lentement, mais sûrement. A cet instant, elle a envie de lui souffler « prends-moi ». Cette phrase se bat avec son appétit immodéré des jeux à deux, en son for intérieur. C’est un tumulte passionné qui continue à s’installer dans ses entrailles. Des regards, des sensations humides, une emprise, des douceurs dans la bouche et la voilà qui perd le contrôle. Elle prend une inspiration par le nez pour reprendre un minimum ses esprits et garder le fil des évènements. Elle se laisse mener en le regardant d’un air de défi.

Il hoche imperceptiblement la tête d’un côté et se jette sur son cou, sans prévenir. Il prend soin, malgré la rapidité de son geste, de ne pas abîmer le paysage de citron et de sel qu’il devra embrasser de la langue. Mais il ne peut résister aux courbes de son cou, parsemées de quelques grains de beauté qui l’appellent silencieusement. Il mordille doucement sa peau, juste assez pour l’entendre soupirer au travers du quartier de citron qu’elle a encore en bouche. Il la regarde, s’approche de ses lèvres pour y passer la langue et commencer à piquer ses papilles avec la saveur citronnée. Il descend lentement de la pointe de la langue pour arriver au début du chemin qui l’attend.

Il écrase sa langue contre sa peau, pour qu’un maximum de capteurs gustatifs soient en contact avec elle, le citron et le sel. Il va de droite à gauche, avec précaution, de toute la largeur de son muscle, savourant la position de sa partenaire, tête en arrière et gorge déployée, ainsi que la prise qu’il maintient à la force des poignets et qui augmente considérablement son excitation. Il se redresse, et sans la quitter des yeux, attrape le shooter à pleine main pour le frapper trois fois sur le coin de la console. Cul sec. Du bout des dents, il attrape le citron offert par les lèvres juteuses de son amante, lèvres qu’il s’empresse d’embrasser avec les siennes, les secondes, nécessaires à la récupération quartier, pour ensuite terminer le cérémonial avec la pulpe qu’il arrive à en retirer.

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17 réflexions sur “Avec lui (1)

  1. eh bé! pour avoir consommé ce breuvage dans mon jeune temps, je suis passé à côte de cette excitante manière de déguster la Téquilà…

  2. Ouah !
    Vous m’emmener très loin ma chère…
    C’est délicieux de suivre le chemin de ces amants… joueurs à souhait…
    Il y a une suite… j’adore…

  3. Hum ! J’aime beaucoup la Téquila ! (sourire)
    Délicieux texte qui m’emporte loin, très loin…
    Merci de votre passage chez moi, cela m’a permis de vous découvrir…
    Bises

  4. dosto : tu es le bienvenu !

    Foldenvy : au plaisir de vous relire dans les parages…

    Le Djinn : restez tant que vous le voudrez, il fait toujours aussi bon 😉

  5. j’aime toujours autant tes récits, ils m’emportent si loin et parfois croisent mes propres chemins, pour faire naître une nouvelle histoire dans ma tête, créer de nouvelles sensations à mon corps.
    j’ai été un peu absente ces derniers temps, mais je reviens le sourire aux lèvres et impatiente !

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