Défi 4/5 – L’ouïe

Il n’y a rien de plus excitant que d’entendre un couple faire l’amour. Je parle ici de voisins, damis ou d’inconnus qui copulent sous nos yeux (laissons de côté les productions cinématographiques).

Je mangeai un gâteau au chocolat par petites cuillerées, tranquillement, tout en lisant un chapitre de mon livre en cours. Rien d’érotique dans le récit que j’avais entre les mains. Le plaisir conjugué des yeux et du palais me collait un léger sourire, témoin du bien-être dans lequel j’étais plongée à cet instant.

Brusquement, j’entendis un coup, puis un autre, contre le mur qui sépare mon appartement de celui de mon voisin de palier. Plusieurs autres bruits sourds se répercutèrent dans le silence de mon salon. Curieuse et inquiète, je tendis l’oreille pour m’assurer que tout allait bien de l’autre côté.

C’est alors que je perçus le premier gémissement. Une voix de femme, à n’en point douter. L’épaisseur « papier à cigarette » des cloisons de cet immeuble parisien d’avant-guerre ne laissait que peu de marge d’erreur. Un homme exprima, en mots crus, son désir immédiat.

– Je te veux, j’ai envie de te baiser, là, debout contre le mur.

Le son me provenait légèrement étouffé mais je distinguai si bien chaque mot que la question d’un éventuel trou dans le mur encore non repéré ou de la volonté de communication pour le moins subtile mais équivoque de la part mon voisin m’effleura.

Un gémissement répondit à l’homme et un nouveau coup résonna. Interloquée par la situation, je reposai mon livre et ma cuiller, la bouche encore pleine de chocolat que je laissai fondre à dessein. Le plaisir de savourer chaque micro-parcelle du savoureux aphrodisiaque était l’un de mes péchés mignons.

Les bruits de plaisir s’intensifièrent de l’autre côté du mur, alors que je me levai pour me rapprocher, passant instinctivement une langue sucrée sur mes lèvres, les colorant ainsi du reste de chocolat non fondu. Je devais avoir l’air fin avec ma posture aux aguets, mon regard mi-amusé mi-curieux et mes lèvres maculées d’or brun.

En collant mon oreille à la cloison, j’entendis mieux les soupirs de plaisir réguliers qui émanaient de la jeune femme. Excitée par cette occasion de jouer les voyeuses sans être vue, je mordis ma lèvre inférieure en souriant largement, une main sur le mur.

– Baise-moi ! Je t’en prie, baise-moi !

A mi-chemin entre l’ordre et la supplication, ces mots firent naître un élan de désir au creux de mes chairs. Sans prévenir, moi qui pensait être dans un jeu de curiosité, c’était bel et bien l’appel de la luxure qui se pressait en moi à ce moment.

– Laisse-moi te doigter comme tu le mérites avant. Je te baiserai quand j’en aurai envie.

Un coup contre la cloison. J’imaginai sa tête à elle, sa main à lui, mille scenarii possibles et diablement euphorisants. Alors que je me léchai les babines du dessert non terminé, je collai mon dos contre le mur et sans m’en rendre réellement compte, commençai à me caresser le ventre, là où la chaleur avait jailli, mettant mes entrailles en feu.

– C’est tellement bon de te sentir en moi ! Viens loin, bouge plus vite, encore, encore !

Elle gémissait et riait à la fois, d’un rire nerveux et tremblant d’excitation, emplie qu’elle devait être du bonheur d’être prise par une main aux doigts de magicien, à l’entendre haleter aussi fort. Comme dans un rêve, sans y faire attention, ma main droite glissa sous mon t-shirt et se dirigea vers mes seins nus, alors que ma main gauche descendit directement sur la fermeture de mon pantalon.

– Je sais que tu aimes ça. Profite, laisse ton plaisir monter !

Un cri féminin accompagna la fin de la phrase presque clamée, en tous cas indéniablement livrée dans un volume sonore supérieur. Mon cerveau tournait à plein régime, imaginant une main empoignant fermement un sein, une bouche mordant goulûment la peau d’un cou offert, des doigts s’invitant plus loin encore dans l’intimité qui était honorée… Ma respiration se fit plus forte et rapide. C’est à deux mains que je baissai mon pantalon pour le retirer rapidement, tout comme mon sous-vêtement.

– Arrête, je n’en peux plus, je te veux, maintenant ! Arrête !

Il rit à son tour, murmurant des mots inaudibles, certainement dans le creux de son oreille. Peut-être un « je n’en ai pas fini avec toi » ou « les choses ne font que commencer » ? Le « je vais te bouffer maintenant », lui, se fit bien comprendre, par sa partenaire, qui gémit de plus belle, comme par moi, assise le dos au mur, mes jambes collées sur la fraîcheur du parquet, mouillant de plus en plus.

Un doigt se fraya un chemin entre mes poils pubiens pour atteindre l’humidité ambiante de mon entrejambe. Un bruit plus léger et saccadé, comme deux mains successivement plaquées sur le mur, me fit légèrement sursauter sans pour autant me détourner de mon objectif : me faire plaisir. Du bout du doigt, je cherchai à provoquer en moi ce que j’entendais de l’autre côté de la fine cloison. Les gémissements de la belle en fond sonore, la spirale de félicité s’annonça doucement.

– Mange-moi encore, encore !

Un nouveau rire de sa part, plus fort celui-là, et une réponse qui se révélait être plus un ordre qu’autre chose : « tourne-toi, maintenant ! ». M’apercevoir qu’il faisait systématiquement autre chose que ce qu’elle lui demandait me fit sourire et mon excitation grimpa encore d’un cran. Une gentille relation de domination, sans en avoir l’air, mais qui faisait son petit effet.

De nouveaux coups contre le mur. Un long gémissement de sa part à elle. Mon index était maintenant accompagné du majeur. Ils se mirent à frétiller sur mon clitoris, replongeant régulièrement à l’entrée de ma vulve pour y chercher le lubrifiant naturel. Les jambes bien écartées, j’accueillis les prochains mots entendus avec un râle profond :

– Baise-moi fort ! J’ai tellement envie de ta queue ! Baise-moi !

Je fus très rapide à venir. Les circonstances y étaient pour beaucoup : spectatrice d’ébats dont je n’aurais rien dû savoir, il n’en fallait pas plus pour me faire voyager rapidement. La main entre mes deux jambes, laissant le courant d’air frais me donner la chair de poule, j’attendis assise le dénouement du film sonore auquel j’assistais.

De longues minutes de coups de rein ponctués par des mains qui retenaient, en tapant sur le mur, l’énergie des cris restreints, certainement pour ne pas gêner le voisinage ! (sourire). Une véritable sérénade lorsque la jouissance de la femme prit forme. Un cri quasi-sauvage lorsque l’homme finit par jouir… sur sa partenaire, en elle, dans sa bouche, dans son con, dans son cul ? Nul autre qu’eux peut le savoir.

Remise de mes émotions, je pus retourner terminer mon gâteau au chocolat, lequel m’avait sagement attendue pendant ce petit plaisir volé, le ventre plus léger et guilleret d’un orgasme imprévu, impromptu et si délicieux…

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2 réflexions sur “Défi 4/5 – L’ouïe

  1. Ce qu’on pourrait appeler du « voyeurisme auditif actif » !
    Tout à fait convainquant… Et pour compléter le procédé, on aimerait vous voir vous, à votre insu, tandis que vous écoutez…

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